Back Ground Hitomi
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Back Ground Hitomi
I : Mea Culpa
Un soleil brûlant éclairait les contreforts des montagnes de Tsuchi, son ardeur tempérée par une douce brise venue du Nord. Un couple profitait des rayons de l'astre ardent, confortablement installé devant une petite demeure isolée. L'homme s'amusait à lancer en l'air une petite fille riant aux éclats, la rattrapant juste avant qu'elle ne touche le sol. La femme releva la tête du rouleau qu'elle était en train d'étudier.
«- Arima, arrête! Tu m'angoisses, à chaque fois que tu fais ça avec elle. Qu'est-ce qui se passera si tu rates ton coup?
-Ayu, du calme. Elle adore ça, tu le vois bien! Et puis, tous les parents font ça... non? »
La mère, soupirant, se leva de son ouvrage, venant reprendre la petite fille des bras de son père.
« -Tu vois, Hitomi, ton père est un gros bêta. Il faudra faire attention à ne pas faire n'importe quoi lorsque tu seras avec lui! »
Les yeux grand ouverts, la petite fille semblait comprendre chaque mot, la bouche légèrement entrouverte. Elle partit soudain dans un grand éclat de rire, totalement inexpliqué. Un rire enfantin, qui se répercuta longtemps contre les parois des montagnes. Une famille normale, une vie normale.
***
« -Hitomi, surtout, ne touche à rien! »
Au cri de réprimande de son père, la petite fille retira rapidement la main qu'elle avait laissé traîner un peu trop près des bocaux. Ses grands yeux curieux parcouraient lentement la pièce remplie de choses étranges. Des diagrammes et des schémas sur les murs, des bocaux de verre remplis de liquides colorés et d'animaux bizarres, des instruments brillants posés sur de longues tables de pierre. Son père avait appelé cet endroit le « Labo », le lieu où il travaillait. Hitomi ne savait pas exactement ce qu'il y faisait, mais toutes ces jolies choses étaient très amusantes.
« -Tu vois, Hito', ta mère et moi travaillons sur l'acquisition de nouvelles techniques, basées sur un code génétique particulier. Tsuchikage-sama nous a confié cette mission, de façon à rester à un niveau égal avec les recherches d'un certain Orochimaru. Il paraîtrait même que nous avons un peu d'avance. D'ailleurs, ... »
L'homme aurait tout aussi bien pu parler dans le vide, la petite fille ne comprenant pas un traître mot de ses paroles. Cependant, elle adorait la voix de son père, une voix chaude et pleine d'empathie, qui lui donnait envie d'aller se blottir dans ses bras. Elle aimait la musicalité de cette voix, la façon dont elle faisait vibrer sa gorge. Confortablement installée sur une table, elle regardait son père coucher sur un rouleau des observations diverses et variées. Absorbé dans son travail, il ne remarqua pas l'intérêt manifeste de la gamine pour les expériences qu'il effectuait...
***
Un vent froid soufflait sur les montagnes. Des enfants s'amusaient ensembles, se courant après avec de grands éclats de rire. Enfin, essoufflés, ils allèrent tous s'allonger sur l'herbe, profitant des derniers rayons du soleil. Discutant de tout et de rien, comme tous les enfants, ils en arrivèrent à vanter leurs parents respectifs. Hitomi n'échappa pas à la règle.
« -Mes parents, ils travaillent sur des choses très compliquées, avec des techniques génétiques et un monsieur qui s'appelle Orochimaru et qui est moins bon qu'eux, parce que mes parents c'est les meilleurs! »
S'ensuivit une discussion enflammée pour décider qui avait les meilleurs parents, s'achevant sur un statu quo, personne ne souhaitant céder du terrain aux autres. Aucun des enfants ne remarqua les ombres furtives qui s'étaient déplacées autour d'eux lors du bavardage.
***
Une nuit claire avait recouvert les montagnes de son manteau d'ombres. Dans la petite maison, Hitomi ne parvenait pas à trouver le sommeil. Du haut de ses quatre ans, elle avait décrété que puisqu'elle ne pouvait pas dormir, il fallait jouer. Et ses parents devaient jouer avec elle.
S'aventurant dans le salon, elle fut frappée par une odeur étrange. Une odeur forte, cuivrée, qui prenait à la gorge. Son assurance et sa joie s'évanouirent lentement. D'une voix faible, elle appela:
« -Papa? Maman? Où êtes-vous? Je veux jouer! Ne me laissez pas toute seule! »
Ses appels résonnèrent sinistrement contre les murs, sans qu'aucune réponse ne se fasse entendre. Un son étrange, lui martelait les oreilles, crevant le silence. Un « Plic... Plic... » d'une régularité absolue. Soudain, elle leva le regard, la lumière de la lune éclairant une large portion de la pièce.
Contre un mur, sa mère était appuyée, la tête basculée sur le côté, une tache sombre s'étendant sous l'une de ses aisselles, d'où tombaient de façon régulière des gouttes, s'accumulant en une flaque noire sous le corps de la jeune femme.
Devant elle, son père se tenait face à un inconnu caché dans l'ombre. Alors que la petite fille allait l'appeler, une note cristalline rompit le silence. Un éclair d'argent traversa la pièce, reflet de lumière sur un fragment d'acier. Dans un « poc » sonore, la tête de son père tomba aux pieds d'Hitomi. L'homme agita un grand rouleau au-dessus du corps décapité. D'une voix grinçante, il s'adressa à la fillette:
« -On ne savait pas qui possédait les recherches convoitées pas Orochimaru-sama. Et toi, tu nous a gentiment indiqué où chercher. Merci, petite fille! »
L'homme partit d'un rire sadique, observant la gamine dont les yeux restaient fixés sur le sabre. Les pupilles dilatées suivirent le trajet d'un goutte de sang carmin, luisant sous la lumière lunaire, descendant doucement le long du fil de la lame, s'écrasant enfin sur le corps sans vie de son père. L'instant d'après, l'homme disparut dans les ombres.
Alors, Hitomi laissa libre cours à son désepoir. Se précipitant sur les corps de ses parents, elle hurla autant qu'elle put.
« -Papaaaaaaaaaaaaa! Mamaaaaaaaaaaan! Paaaaapaaaaaa! »
Seul un silence de mort lui répondit. S'effondrant sur les cadavres, elle murmura:
« -Ma faute... c'est ma faute... pardon... c'est ma faute... ma faute... »
Dernière édition par Sayo Mikazuki le Dim 18 Mai - 16:30, édité 1 fois
Re: Back Ground Hitomi
II : Ecce Signum
Une feuille tomba doucement de l’arbre, fragment de couleur mordoré dans un paysage qui commençait à perdre sa vie. Quelques secondes plus tard, une lame étincelante traversa l’air en sifflant, découpant proprement la feuille en deux parties égales. Le jeu éternel de la vie et de la mort… un jeu qui avait, pour certains, perdu de son intérêt.
Hitomi rangea son sabre au fourreau. A 9 ans, elle était d’un calme et d’une concentration surprenants. Capable de rester des heures en position, attendant le moment parfait pour frapper, elle ressemblait moins à une petite fille qu’à un automate, une créature sans sentiments, se souciant uniquement de sa frappe. Un reproche qu’on lui faisait souvent, d’ailleurs. A son abord, les villageois de Tsuchi semblaient mal à l’aise. Ses tuteurs successifs lui avaient souvent répété qu’elle était trop froide et trop peu communicative pour son âge. Les braves imbéciles…
En soupirant, elle reprit le chemin de sa maison temporaire. En tant qu’orpheline, elle avait été désignée par le Kage comme « pupille du village », et, de ce fait, changeait fréquemment de famille d’accueil, afin de profiter d’une éducation variée. Après tout, si ça leur faisait plaisir... Une seule de ces familles, un seul de ces ninjas, avait été capable de lui enseigner quelque chose de réellement utile…
***
*Deux ans auparavant*
*Deux ans auparavant*
-« Hitomi, viens voir ici ! »
La voix grave et rocailleuse retentit avec force dans la petite maison de bois située en périphérie de la ville. Elle appartenait à un homme grand, trapu, le crâne dégarni compensé par une imposante moustache grise. L’archétype du grand-père revêche, si ce n’est que celui-ci était doté d’une musculature de jeune homme, et d’autant d’humour qu’un dogue ayant une rage de dent.
La petite fille passa timidement la tête dans l’entrebâillement de la porte de la chambre de l’Ours, comme elle l’appelait affectueusement. Le vieil homme était assis sur son futon, un objet allongé entouré de tissu entre les mains. Curieuse, la gamine vint s’asseoir à côté de lui, un grand sourire sur les lèvres. Une surprise pour elle, sûrement un nouveau jouet ! Les yeux pleins d’étoiles, elle suivit les mouvements des doigts massifs de l’Ours alors qu’il enlevait le tissu avec précaution, laissant apparaître un long sabre dans son fourreau. Il prit alors la main de la petite fille et la posa sur l’arme.
-« Je te présente Onitaosu. Il s’est longtemps battu avec moi, et je compte sur toi pour bien le traiter et apprendre à l’utiliser, pour qu’il se batte à tes côtés également. »
Fascinée, la fillette suivit du doigt le tracé ondulant qui marquait la lame jusqu’à la garde. Elle décida immédiatement de chérir l’arme autant que possible. Après tout, ca valait bien une poupée. Sortant tant bien que mal l’arme du fourreau, elle tenta de la soulever, sans succès. L’Ours se mit à rire.
-« He non, gamine ! Il va te falloir plus d’entraînement que ça pour manier correctement ce sabre. En attendant que tu puisses t’en servir, je le garde. Et toi, tu auras droit à un boken ! »
L’air de détresse de la môme aurait ébranlé une montagne. En le voyant, l’Ours se mit à rire encore plus fort, ce qui eu pour effet rapide de transformer l’expression de tristesse en une moue boudeuse. Hitomi décida qu’elle allait s’entraîner autant que possible pour récupérer le superbe katana.
*Quelques mois d’entraînement plus tard*
-« Hitomi, viens voir ici ! »
Hitomi se dirigea vers la chambre de l’Ours, ayant l’étrange impression de revivre une scène de son existence. En entrant dans la petite pièce, elle vit le long paquet allongé sur les genoux du vieux. Ouais, aucun doute, ca ramenait des souvenirs. L’Ours se leva, la dominant de toute sa taille, et lui tendit le katana.
-« Viens, gamine. Tu vas avoir droit à ton premier duel avec ce sabre. Si tu es capable de le garder droit pendant toute la durée du duel, il est à toi. »
Hitomi frétilla, heureuse de pouvoir enfin reprendre en main la garde de l’arme. L’Ours l’emmena jusqu’à une petite vallée cachée dans les montagnes. Se tournant subitement face à elle, il laisse tomber sa tunique, dégainant dans un même geste son propre sabre.
-« Allez, gamine. Montre-moi le résultat de ton entraînement ! »
La fillette leva le sabre aisément – bien qu’à deux mains, et prit une posture de garde. Le vieux émit un gloussement approbateur.
-« Pas mauvais, pas mauvais du tout. Maintenant, est-ce que ca tient la durée ? »
Sans prévenir, il fonça sur Hitomi, attaquant de façon désordonnée. Se mettant en position de défense, la petite fille bloqua le sabre de son adversaire – et fut envoyée voler à quelques mètres. Le vieux se mit à rire.
-« Ben alors ? Je m’attendais à plus de résistance que ça ! Si tu ne peux même pas bloquer convenablement… »
Vexée, Hitomi se releva souplement. Prenant exemple sur l’attaque du vieux, elle courut droit sur lui, agitant son sabre en une parodie d’attaque. Toujours en riant, il esquiva d’un rapide pas de côté, laissant en passant une estafilade sur le bras droit de la gamine. De plus en plus vexée, celle-ci se retourna brusquement, ses yeux se posant soudain sur le sabre de son adversaire. Un sabre luisant sous la lumière solaire. Un sabre le long duquel coulait une unique goutte de sang, suivant le fil de la lame jusqu’à s’écraser au sol dans un « ploc » sonore. Un souvenir remonta des tréfonds de l’inconscient d’Hitomi. Un souvenir qui avait été enfermé là, un souvenir qui jamais n’aurait dû ressortir… S’effondrant sur le sol, elle se mit à hurler.
-« Noooooooon ! Papaaaaaaa ! Mamaaaaaaan ! C’est ma faute ! Ma faute ! »
L’Ours se rapprocha d’elle, l’enveloppant dans une étreinte protectrice.
-« Hitomi ! Hitomi ! Reviens à toi ! Hitomi ! »
Les yeux pleins de larmes, la gamine leva les yeux sur lui, cherchant le réconfort dans le vieux visage plein de rides. Un visage qui s’anima à nouveau.
-« Hitomi… caresse-la, cette pluie éternelle dans ton cœur, ces larmes de chagrin glacé… et transforme-la en une armure de givre pour ton cœur. Car après tout, c’est la seule preuve... »
La petite fille leva un œil interrogateur.
-« Une preuve ? »
Elle n’avait jamais vu le vieil homme aussi las.
-« Oui. C’est la preuve que tu es en fait… encore en vie. La preuve que tu es encore humaine… »
Ces mots se gravèrent à jamais dans l’esprit d’Hitomi, alors qu’un bouclier de glace commençait à s’élever autour de son cœur dévasté…
[HRP] Les paroles d'une chanson sont cachées quelque part dans ce post. Un choco BN à qui trouve
et me donne la chanson d'origine[/HRP]Re: Back Ground Hitomi
III : Corpus Vile
La pierre grinça lorsque Hitomi la fit glisser sur le rail dissimulé. Elle n'était pas revenue dans ce laboratoire depuis des années. Un laboratoire caché au coeur des montagnes, un laboratoire qu'elle connaissait si bien. Alors que ses yeux parcouraient les vastes tables de pierre recouvertes de poussières, les instruments ébréchés ou émoussés et les dessins et diagrammes accrochés aux murs, une multitude de souvenirs lui revinrent en mémoire. Elle revoyait son père, penché sur ses rouleaux, lui expliquant ses travaux obscurs. De quoi parlait-il, déjà? Elle n'arrivait pas à se souvenir du sujet de recherche de ses parents. Ce sujet qu'elle aurait préféré ignorer dès le départ, pour ne pas les trahir... D'un geste, elle effaça les souvenirs qui remontaient. Ce n'était pas le moment de perdre du temps.
*Quelques jours plus tard*
Hitomi regarda son oeuvre avec fierté. Le laboratoire ressemblait exactement à celui de ses souvenirs. Brillamment éclairé, propre, les instruments soigneusement rangés, les diagrammes classés par catégorie sur les murs... le labo était à nouveau fonctionnel. Un fin sourire tordit les lèvres de la jeune fille. Il lui fallait maintenant un sujet de recherche, mais quoi? Elle ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce souvenir précis. Ce qui était un comble, étant donné les ennuis qu'il lui avait apporté. Elle haussa les épaules. Elle aurait tout le temps de chercher plus tard. Pour l'heure, elle devait aller en ville, chercher de quoi approvisionner son nouveau local. Il allait lui falloir de nombreux bocaux, plus de l'alcool et de quoi conserver... he bien, à peu près n'importe quoi. Son sourire s'accentua. L'avantage d'être pupille du village, c'est que les gens ne lui posaient pas de questions. Elle aurait eu du mal à trouver une excuse pour acheter du formol...
***
« -Hey, Yuki no Fujin'! »
Une voix désagréable retentit dans les oreilles d'Hitomi alors qu'elle quittait l'échoppe d'un vieux vendeur d'alcool (un type assez bizarre, au demeurant, mais qui avait la particularité de vendre de l'alcool à plus de 90 degrés). Elle retint un soupir en reconnaissant les accents grossiers d'Amato. Un jeune garçon brutal et grossier qu'elle avait repoussé à maintes reprises – ce qui lui avait valu, de la part du rustre, ce surnom de « femme des neiges ». Elle accéléra le pas, peu désireuse de discuter avec cet interlocuteur de dernier ordre. Un bruit de pas rapides, derrière elle, lui fit comprendre que le casse-pied ne voulait pas lâcher l'affaire. Résolue à le perdre, elle entreprit de partir dans les petites ruelles sinueuses de Tsuchi. Après quelques minutes passées moitié à marcher, moitié à courir, elle déboucha dans une petite impasse. Quelques secondes après, un pas lourd retentissait dans la ruelle. Instinctivement, elle porta la main à sa hanche – pour se rappeler qu'elle avait laissé Onitaosu dans son labo. Un frisson parcourut sa colonne vertébrale. Elle avait un mauvais pressentiment, sur ce coup-là... Un rire gras éclatant dans son dos, elle se retourna.
« -Alors, ma belle, tu ne réponds plus aux appels de ton prétendant préféré?
-Tu as bu, Amato. Va cuver ailleurs et fiche moi la paix. Je suis occupée.
-Trop occupée pour passer un peu de temps en ma compagnie? Mais tu vas te libérer, bien sûr! »
La menace pointait dans le ton du jeune homme. Nerveuse, Hitomi recula jusqu'à sentir le mur dans son dos. Son poursuivant s'approchait nonchalamment, conscient que sa proie ne pouvait plus lui échapper. Son visage désagréable se fendit d'un sourire laissant voir quelques dents jaunies.
*Un parfait exemple de ce que deviens l'être humain lorsque ses chromosomes charrient toutes les tares possibles...*
Ses réflexions furent interrompues par la main qui se plaqua soudainement à côté de sa tête. Une odeur d'alcool bon marché s'insinua dans ses narines. Le souffle lourd d'Amato résonnait dans ses oreilles, porteur de mauvais présages. La main du jeune homme se porta brutalement sur ses cuisses. Elle tressaillit et tenta de lui échapper.
« -Oh non, ma belle. Ça fait trop longtemps que tu refuses. Et moi, j'en ai assez d'attendre. »
Les yeux de la jeune fille s'agrandirent alors qu'une main puante venait lui obstruer la boucher, l'empêchant de crier. Mordant la chair jusqu'au sang, elle eut la satisfaction d'entendre son agresseur grogner de douleur. Satisfaction qui ne dura qu'un temps, un puissant coup derrière la nuque l'expédiant promptement au royaume des songes.
Hitomi reprit conscience dans la ruelle. Ses vêtement déchirés étaient éparpillés un peu partout sur le sol autour d'elle, et elle avait mal partout – notamment dans le bas du corps. Elle n'avait pas besoin d'un dessin pour comprendre ce qui venait de se passer. Calmement, elle se releva et ramassa ses affaires. Elle n'était pas d'une nature agressive ou rancunière, mais là, sa froideur habituelle se fissurait. Une larme perla au coin de son oeil. Elle avait tellement honte... Et elle ne voyait qu'un seul moyen de faire disparaître cette honte.
Quiconque l'aurait vue alors qu'elle sortait de la ruelle pour rejoindre son domicile actuel se serait sans aucun doute retourné en sentant son aura meurtrière. Oh non, ça n'allait pas se passer comme ça...
*Quelques jours plus tard*
La nuit tombait sur Tsuchi. Furtivement, Hitomi quitta son domicile. Elle vérifia qu'elle avait bien le matériel dont elle avait besoin. Satisfaite de son examen, elle prit la direction de la maison d'Amato, une masure en périphérie de la ville. La localisation était parfaite, elle se serait mal vue exécuter la même opération en pleine ville...
Elle toqua à la porte en bois, écoutant les pas mal assurés se rapprocher. La porte s'ouvrit sur la figure grasse d'Amato. Celui-ci eut un sourire en apercevant la visiteuse.
« -Alors, ma belle, on ne peut plus se passer de moi, finalement?
-Hum... Amato... est-ce que tu pourrais me prendre dans tes bras? »
La jeune fille s'était longtemps entraînée pour pouvoir dire cette phrase sans laisser sa voix exprimer son dégoût. L'expression ravie de son interlocuteur la convainquit de sa réussite. Celui-ci était apparemment convaincu que son... charme... avait fait effet. Il s'approcha de la jeune fille et la prit sans douceur dans ses bras. Hitomi lui rendit son étreinte. Faisant semblant de lui caresser le dos, elle compta prudemment ses vertèbres. Soudain, Amato émit un cri et s'effondra entre ses bras. Elle s'empressa de lui attraper les bras, les ligotant derrière son dos. Dans le même mouvement, elle récupéra le poignard qu'elle avait planté avec une précision chirurgicale entre deux de ses vertèbres, coupant ainsi la liaison nerveuse vers ses jambes – sans pour autant le mettre en danger de mort. Elle lui enfourna ensuite un bâillon dans la bouche.
« -Tu m'excusera de ma rudesse, n'est-ce pas, Amato? J'en ai assez d'attendre... »
Traînant le corps impuissant derrière elle, elle s'enfonça dans les montagnes.
*Quelques heures plus tard*
Amato était allongé, nu, sur une des tables de pierre. Ses poignets étaient fixés par de solides chaînes, et ses jambes paralysées maintenues par des cordes. Un peu plus loin, Hitomi préparait divers instruments. Une flamme froide l'animait. Elle avait un premier cobaye pour commencer ses recherches. Elle espérait simplement que ses cris, lorsqu'elle commencerait à fendre scientifiquement sa chair, ne la dérangerait pas trop. Après tout, elle ne savait pas ce qu'elle cherchait exactement, il allait donc falloir tenter plusieurs expériences différentes.
Elle s'approcha de son nouveau cobaye avec un fin scalpel dans les mains. La terreur qui se lisait dans les yeux du jeune homme commençait déjà à apaiser la plaie qu'elle avait au coeur.
« -Amato, je pourrais t'endormir. Te donner un narcotique puissant pour t'empêcher de sentir la douleur et de voir ce que je te fais. Mais vois-tu, je ne le ferais pas. Je veux voir tes réactions exactes, sans la gêne d'un narcotique. J'ai besoin de comprendre, mais je n'ai aucun besoin de pardonner... »
Les cris du cobaye retentirent longtemps dans le laboratoire...
*Le lendemain*
Il aurait été difficile de reconnaître un corps humain dans le tas rougeâtre éparpillé sur la table. Des bocaux neufs avaient fait leur apparition sur les étagères, contenant divers organes. Durant cette nuit, Hitomi avait enfin réussis à se rappeler du sujet de recherche de ses parents. La mémoire lui était revenue alors qu'elle sentait le dernier souffle de vie quitter le corps de son cobaye. Elle avait pourtant tout fait pour le garder en vie le plus longtemps possible, mais en vain. Se retournant vers le répugnant amas, elle lui parla calmement, comme pour faire un oraison funèbre.
« -Tu vois, Amato. En fin de compte, tu n'étais pas plus que ça. Un simple corps sans valeur... »
Sur ces mots, elle ressortit du laboratoire. Il était temps d'aller chercher les composants nécessaires à ses recherches.
[HRP] Les paroles d'une chanson sont cachées quelque part dans ce post. Un choco BN à qui trouve et me donne la chanson d'origine[/HRP]
Re: Back Ground Hitomi
IV : Coram Deo
Cela faisait dorénavant trois mois qu'Hitomi avait remis en fonctionnement son labo. Depuis « l'expérience » avec Amato, elle n'avait plus pris le risque de prendre de nouveaux cobayes humains. Elle se contentait d'aller déterrer des cadavres, si possible frais. Elle avait été honteuse les deux ou trois premières fois, puis avait fini par se convaincre que c'était pour le bien de ses recherches – qui d'ailleurs ne progressaient pas assez à son goût. Elle sentait que quelque chose lui échappait dans ce fichu labo, mais quoi ? Rangeant – et surtout nettoyant – l'une des nombreuses paillasses après une dissection qui s'était révélé aussi salissante qu'inutile – et qui lui avait permis de confirmer que les intestins des ninjas utilisant telle ou telle affinité n'avaient aucune différence entre eux (un petit pas pour elle et un faux-pas pour la science, en gros) –, Hitomi décida d'aller se prendre un désaltérant. Elle avait justement repéré ce vieux marchand, dans une ruelle, qui vendait n'importe quel alcool, à n'importe qui – malheureusement pas à n'importe quel prix. Vieux qui commençait à bien la connaître, par ailleurs. A tel point qu'il la laissait consommer dans le magasin.
Deux ou trois verres de saké plus tard, l'humeur d'Hitomi était déjà nettement moins sombre – et sa diction nettement moins claire. Relevant la tête, elle aperçut un bol de cerises sur le coin du comptoir. Une idée lui traversa la tête. Les yeux glauques, elle regarda le vieux.
-« Hey, Patron. J'me disais... le saké c'est bon, hein ? Et... les cerises, c'est bon aussi ? »
Le vieux, connaissant sa cliente, hochait de temps en temps la tête, l'encourageant à continuer – et n'écoutant qu'un mot sur deux ou trois. Il avait l'habitude des élucubrations de la jeune fille lorsque son taux d'alcool commençait à grimper.
-« Dans ce cas... On pourrait p't'être faire un truc... genre, heu... des cerises au saké? Nan, ça existe déjà. Plutôt... du saké à la cerise. Voilà, un truc du genre. Saké à la cerise. Ca serait bon, ça. »
L'idée, sortie de la bouche d'une jeune fille saoule, n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Sans le savoir, Hitomi venait de donner naissance à une industrie qui allait rendre Iwa célèbre et unique : le fameux saké à la cerise, titrant modestement 81°. Ce saké allait provoquer un afflux de touristes – et d'argent – dans les échoppes d'alcool d'Iwa. Mais sur le moment, Hitomi l'ignorait – et même si elle l'avait su, elle s'en serait royalement fichu. La prospérité d'Iwa lui importait autant que le journal de 20 heures à un cactus en pot. Le village n'était pour elle qu'un moyen de continuer ses expériences, sa prospérité ne constituait pas une fin en soi – tout du moins, pas à ce moment-là de son existence. Cette soirée d'ivresse allait cependant avoir un impact extraordinaire sur la suite de son existence.
Hitomi rentra au laboratoire d'une démarche mal assurée. Il lui fallut dix bonnes minutes de farfouillage dans les rochers avant de retrouver l'excroissance activant l'ouverture de la porte. Titubant entre les paillasses, elle se dirigea vers la couchette qu'elle s'était installé au fond de la grande pièce. Le pas peu stable de la jeune fille la fit trébucher, la forçant à se rattraper tant bien que mal à un support de torche qui se plia sous le poids. Une seconde plus tard, un craquement de roche se fit entendre – tirant plus ou moins Hitomi de sa torpeur éthylique. Elle alla s'installer à la table où elle concoctait diverses potions, se fabriquant rapidement un puissant dégrisant – qui, en contrepartie, lui assurait une gueule de bois puissance dix le lendemain matin. Les idées à peu près claires, elle alla voir à quel point elle avait endommagé son labo.
A sa grande surprise, le support ne s'était pas plié. Il s'était enfoncé dans le mur – qui, par ailleurs, ne semblait pas affecté. Le craquement avait dû venir d'autre part. Elle n'eut pas à chercher longtemps pour trouver : un pan de rocher de deux mètres sur deux s'était écarté, laissant une ouverture sombre dans le mur du labo – une ouverture dont elle ne se souvenait absolument pas. Elle alla ramasser une torche afin d'explorer le boyau.
Le tunnel s'enfonçait profondément sous terre, tournant sur lui-même. Après quelques minutes de descente, Hitomi déboucha sur une salle imposante aux dimensions de cathédrale. Des colonnes, des piliers, des arcs-boutants, des balcons, des chaires, des travées, et bien d'autres termes architecturaux auraient pu s'appliquer aux formations rocheuses qui la remplissaient. Cependant, l'intérêt de la salle résidait non pas dans les formations géologiques, certes fascinantes, qu'elle contenait, mais dans une masse indistincte que la jeune femme distinguait au fond. Elle s'approcha prudemment, jusqu'à découvrir une grande forme bâchée de laquelle s'échappait une multitude de tuyaux métalliques de taille et de diamètre variables. Précautionneusement, elle ôta la bâche, laissant apparaître au grand jour neuf claviers, disposés sur trois rangées, à raison de trois claviers superposés par rangée. D'un doigt hésitant, elle appuya sur une touche du clavier central.
Le son qui sortit de l'instrument manqua de l'assourdir. Profonde, légèrement grinçante, la note résonna longtemps dans la gigantesque caverne. Hitomi était figée sur place, médusée autant par la découverte de gigantesque orgue dans le sous-sol du labo de ses parents que par la pureté du son qu'il produisait. Des liasses de feuillets – cours, partitions, notes, commentaires, etc. – étaient stockées derrière l'imposant instrument. Hitomi décida d'en emporter certaines, afin d'étudier plus avant ce mystère.
Le lendemain matin, le mal de tête promis était là – autant dû au remède qu'à la nuit blanche passée à étudier le grand orgue. Elle savait dorénavant que cet orgue avait été construit à la demande de ses parents, souhaitant utiliser la gigantesque cathédrale souterraine. D'après les notes qu'elle tenait dans la main, le son de l'Harmonium – le grand orgue – permettait d'obtenir des effets tout à fait étonnants lors de certaines expériences. Il n'était donc pas là pour rien. Une centaine de pages d'explications techniques agrémentées de schémas, le tout parfaitement rebutant, expliquaient le phénomène. Hitomi les avait joyeusement balancées. Seuls les résultats l'intéressaient. Et ces notes faisaient part de résultats pour le moins fascinants.
Hitomi devint rapidement accro à l'Harmonium. Chaque soir, elle passait une heure, sinon plus, à découvrir les secrets et les subtilités de l'instrument. Ses premières séances se soldèrent par des migraines carabinées. Faire des fausses notes sur un instrument aussi puissant, dans une salle dotée d'une telle résonnance, n'offrait aucun pardon aux tympans. C'est également dans cette période qu'elle « renoua » avec Yuzuhara Kagami – Gagami, comme elle l'appelait de temps à autre dans son for intérieur.
Alors qu'elle était occupée à une intéressante expérience sur la réaction de la rate lorsque exposée à un puissant acide – le tout s'accompagnant de divers sifflements plus ou moins ragoûtants, elle perçut un petit bruit provenant de l'entrée. Entrée qu'elle était théoriquement la seule à connaître. Or, si elle était devant sa paillasse, elle ne pouvait être dans l'entrée. La déduction logique s'imposait : un intrus venait de pénétrer dans le labo. La seconde suivante, le sabre d'Hitomi caressait doucement la gorge dudit intrus – qui se révéla être une intruse.
-« Kagami. C'est une manie, chez toi, de venir m'espionner ? »
Sa kouhaï gardait un silence gêné. Elle avait probablement aperçu la paillasse, et se faisait une idée du sort qui l'attendait – à raison, d'ailleurs.
-« Je devrais te tuer, non seulement pour ce que tu as vu, mais aussi pour t'apprendre que je n'aime pas les fouinards. Cependant...Cependant, tu restes une shinobi fidèle à Iwa, quoique pas spécialement disciplinée. Je te laisse donc une chance de rester en vie... si tu me donnes une bonne raison de t'épargner. J'écoute.
-Le fait que ce soit inutile. ... Il est inutile de me tuer et vous le savez, patronne. Non seulement je n'ai rien vu cette nuit, mais en plus... je veux bien vous assurer que personne ne verra jamais rien. Si vous avez besoin d'un guet, quelqu'un qui élimine les gêneurs ou surveille vos bébêtes... Je veux bien m'en occuper. Vous n'avez qu'à considérer ça comme mon paiement en échange de la vie sauve. »
Hitomi considéra quelques instants l'offre de son interlocutrice. Elle n'avait pas vraiment besoin de quelqu'un pour faire le guet, d'un autre côté, Kagami pouvait effectivement se montrer utile un jour ou l'autre. Ca valait le coup de la laisser en vie – pour l'instant. D'un signe de tête, elle indiqua la porte – que la jeune femme s'empressa de prendre.
C'est peu après qu'elle fit la connaissance de Yamiyo Meian. Alors qu'elle avait été envoyée en mission dans le désert de Suna, elle était tombée par hasard sur un temple étrange, perdu au milieu du désert. Plutôt un tombeau qu'un temple, étant donné la quantité de corps charcutés qui se trouvait à l'intérieur. Des cadavres, partout. Elle ne trouva qu'un survivant. Un homme, prostré au milieu d'une grande rotonde. Un homme qu'elle recueillit et ramena à Iwa – plus dans le but de l'interroger que par pur altruisme. L'homme lui apprit des choses fascinantes – notamment, comment lui et sa secte de timbrés avaient créé des monstres génétiques, par injection de diverses substances et de divers chakra. Elle était tombée sur un chercheur. Parfait. Elle n'aurait pas pu rêver mieux. Elle se servit de Yamiyo comme d'un laborantin. Elle aurait pu utiliser Kagami à cette tâche, cependant cette dernière n'aurait probablement pas compris grand-chose aux ordres d'Hitomi. Meian, lui, en savait suffisamment pour réagir au quart de tour. Malgré tout, Hitomi ne lui parla jamais de l'Harmonium. C'était son secret, elle sentait qu'elle pouvait encore en tirer quelque chose.
Tout cela dura jusqu'au jour où Meian, par erreur, fit une formidable découverte. Préparant rapidement un produit dont Hitomi lui avait donné la recette, il fit s'entrechoquer violemment deux flasques, produisant un son cristallin. Immédiatement, la surface d'un des liquides commença à se rider, puis à réagir de diverses façons au fur et à mesure que l'intensité du tintement décroissait. Il alla présenter son résultat à Hitomi. Cette dernière, curieuse, procéda à une injection sur un cobaye. Le résultat la sidéra.
Le mélange que Meian avait manipulé était un ensemble de composés hautement toxiques et, surtout, mutagènes. Cependant, cette dernière propriété avait rarement eu le temps de s'exprimer avant que les cobayes ne meurent des effets secondaires de l'ingestion du produit. Sur ce cobaye-là, le résultat était différent. Il grossit, ses griffes et ses dents s'allongèrent, ses yeux devinrent d'un noir absolu. Mais le plus étrange était le cristal qui s'était formé juste derrière sa nuque.
Hitomi regarda longuement Meian. Enfin. Ils avaient trouvé quelque chose. La jeune femme ne savait pas quoi, mais ils tenaient quelque chose. Dans son euphorie, elle se jeta au cou – et aux lèvres – de Meian, qui manifestement n'en attendait pas tant.
Le lendemain matin, elle se réveilla, nue, pour trouver Meian partageant paisiblement son futon. Elle eut un léger sourire en se remémorant les événements de la veille – sourire qui se dissipa lorsque la porte de pierre coulissa pour laisser place à Kagami. Le message qu'elle comptait délivrer mourut sur ses lèvres lorsqu'elle découvrit la scène. Elle recula en bredouillant, manifestement choquée et surprise. Hitomi, royale, la regarda partir. A partir de ce jour, Meian partagea activement ses recherches – et, parfois, son lit. Mais Hitomi ne pouvait se défaire d'une certaine gêne vis-à-vis de sa subordonnée. Elle décida – fait rare – qu'elle devait peut-être se faire pardonner ce coup-là.
Dernière édition par le Mar 29 Jan - 12:31, édité 1 fois
Re: Back Ground Hitomi
Quelques jours plus tard, lors d'une absence de Meian, elle alla chercher Kagami qui faisait le guet dehors. La jeune femme lui semblait boudeuse, mais elle n'y prêta guère attention.
-« Suis-moi. »
Le ton était sans équivoque. Pour la première fois, Hitomi invitait Kagami dans le laboratoire.
-« Je suis la seule à connaître ce que je vais te montrer. Même Meian ignore son existence. Il va de soi que si tu en parles, je prendrais soin de te tuer très, très lentement. »
Hitomi l'entraîna au fond du labo et activa le support de torche. La descente vers la cathédrale souterraine se fit sans un bruit. Kagami ne put retenir un hoquet de surprise lorsqu'elle y pénétra. Elle se laissa emmener jusqu'à l'Harmonium.
-« Assieds- toi. »
Hitomi elle-même prit place derrière les claviers. Respirant profondément, elle posa ses doigts sur les touches qu'elle connaissait maintenant par cœur. Une mélodie puissante, basse, qui faisait résonner la cage thoracique lors de ses plus forts accords, s'éleva sous la voûte de pierre. Hitomi jouait, comme en transe, pour une seule et unique spectatrice.
La fin du morceau arriva trop vite. Hitomi tourna ses yeux clairs vers sa comparse. La jeune fille était plantée, la bouche légèrement entrouverte, au bord de sa chaise. Doucement, Hitomi la tira par la main, la forçant à remonter à la surface – et à la réalité. Kagami allait probablement oublier de lui en vouloir pour un certain temps...
La puissance de l'orgue avait fait germer une idée dans la tête d'Hitomi. Après avoir mis au point l'agent mutagène qu'elle avait inoculé à de nombreux cobayes, lui découvrant à chaque fois de nouvelles propriétés, elle l'emmena dans la grande cathédrale. Et là, le posant dans le coin le plus sombre de tout la caverne, elle joua pour lui. De sa position, elle devinait plus qu'elle ne voyait les réactions qui se produisaient dans la fiole. Le liquide, ambré à la base, était noir comme la nuit lorsqu'elle vint le récupérer. Elle alla alors chercher Meian, l'invitant pour la première – et la dernière – fois de sa vie dans la grande salle. Sous ses yeux, elle s'injecta le puissant produit. Le jeune homme retint son souffle et... rien ne se passa. Un rire nerveux le secoua. Hitomi le regardait, l'air dépité. Il manquait quelque chose...
La solution lui vint soudain. Il fallait déclencher le processus. Se plaçant devant les grands tuyaux de l'orgue, elle ordonna à Meian de jouer une unique note, la plus grave du registre de l'instrument. Les vibrations sonores la frappèrent de plein fouet, déclenchant la réaction.
Une nappe d'obscurité totale se forma autour de sa peau, réduisant ses vêtements à l'état de poussière. L'obscurité se fragmenta alors pour former de sombres tourbillons sur sa peau, tourbillons animés d'un mouvement et d'une vie propre. Une musique envoûtante s'en élevait, tel le vent sifflant dans des grottes à moitié submergées. Les yeux de la jeune femme se révulsèrent, et un grognement rauque sortit de sa gorge, exprimant non pas la douleur, mais le plaisir le plus absolu. Hitomi sentait le pouvoir pur courir sur sa peau, transformant ses ongles en griffes, fortifiant ses muscles, augmentant ses sens. La mutation ne dura que quelques secondes. La jeune femme tourna alors son regard vers Meian. Des yeux noirs, comme deux perles d'obsidienne polie. Un regard sans fond, hypnotique. Le jeune bredouilla quelques mots incohérents. Dans un grand éclat de rire, Hitomi passa à l'attaque.
Se ruant au niveau du jeune homme, elle enchaîna de puissants coups de poings sur toutes les régions du corps du malheureux. Son rire redoublait alors qu'elle sentait craquer sous ses doigts les os de son adjoint. Lorsqu'il essaya d'articuler un appel au secours, Hitomi plongea ses doigts dans sa bouche, lui tranchant à moitié la langue. D'un revers du pied, elle lui brisa un genou, se délectant des hurlements de souffrance étouffés du jeune homme. Hilare, elle trancha les tendons de l'autre genou, puis des coudes et des épaules, transformant petit à petit Meian en un pantin désarticulé.
Elle cessa soudain, regroupant les ombres de la salle, formant une monstrueuse main d'ombre autour de la sienne. Elle semblait avoir enfilé un énorme gant d'onyx, noir et luisant, pourvu de gigantesques griffes acérées en lieu et place des doigts. Un sourire ravi sur les lèvres, elle se tourna vers le jeune homme encore conscient. Puis, dans un grand éclat de rire, elle plongea son énorme main dans son ventre, redoublant ses hurlements. Elle ressortit lentement la main, les arêtes vives entraînant avec elles quelques organes internes. L'ex-adjoint était mourant, haletant rapidement, dépassant tous les seuils de la douleur. Enfin, chantonnant presque, d'un revers de la main, la jeune femme lui coupa les cheveux jusqu'au cou, envoyant la tête déformée s'écraser contre un des tuyaux de l'orgue, le corps sans vie s'agitant encore sporadiquement. Enfin calmée, la jeune femme s'évanouit.
A son réveil, elle découvrit le massacre qu'elle avait causé. Meian était parfaitement méconnaissable. L'agent mutagène avait pris le dessus sur sa propre volonté, la remplissant du désir jouissif d'utiliser le pouvoir à sa disposition. Meian s'était trouvé là au mauvais moment, voilà tout. Elle sourit. Avec un tel pouvoir à sa disposition, si elle arrivait à le contrôler, elle pourrait cracher à la face même de Dieu. Elle quitta calmement la caverne, se faisant une note mentale de revenir nettoyer. Plus tard.
-« Suis-moi. »
Le ton était sans équivoque. Pour la première fois, Hitomi invitait Kagami dans le laboratoire.
-« Je suis la seule à connaître ce que je vais te montrer. Même Meian ignore son existence. Il va de soi que si tu en parles, je prendrais soin de te tuer très, très lentement. »
Hitomi l'entraîna au fond du labo et activa le support de torche. La descente vers la cathédrale souterraine se fit sans un bruit. Kagami ne put retenir un hoquet de surprise lorsqu'elle y pénétra. Elle se laissa emmener jusqu'à l'Harmonium.
-« Assieds- toi. »
Hitomi elle-même prit place derrière les claviers. Respirant profondément, elle posa ses doigts sur les touches qu'elle connaissait maintenant par cœur. Une mélodie puissante, basse, qui faisait résonner la cage thoracique lors de ses plus forts accords, s'éleva sous la voûte de pierre. Hitomi jouait, comme en transe, pour une seule et unique spectatrice.
La fin du morceau arriva trop vite. Hitomi tourna ses yeux clairs vers sa comparse. La jeune fille était plantée, la bouche légèrement entrouverte, au bord de sa chaise. Doucement, Hitomi la tira par la main, la forçant à remonter à la surface – et à la réalité. Kagami allait probablement oublier de lui en vouloir pour un certain temps...
La puissance de l'orgue avait fait germer une idée dans la tête d'Hitomi. Après avoir mis au point l'agent mutagène qu'elle avait inoculé à de nombreux cobayes, lui découvrant à chaque fois de nouvelles propriétés, elle l'emmena dans la grande cathédrale. Et là, le posant dans le coin le plus sombre de tout la caverne, elle joua pour lui. De sa position, elle devinait plus qu'elle ne voyait les réactions qui se produisaient dans la fiole. Le liquide, ambré à la base, était noir comme la nuit lorsqu'elle vint le récupérer. Elle alla alors chercher Meian, l'invitant pour la première – et la dernière – fois de sa vie dans la grande salle. Sous ses yeux, elle s'injecta le puissant produit. Le jeune homme retint son souffle et... rien ne se passa. Un rire nerveux le secoua. Hitomi le regardait, l'air dépité. Il manquait quelque chose...
La solution lui vint soudain. Il fallait déclencher le processus. Se plaçant devant les grands tuyaux de l'orgue, elle ordonna à Meian de jouer une unique note, la plus grave du registre de l'instrument. Les vibrations sonores la frappèrent de plein fouet, déclenchant la réaction.
Une nappe d'obscurité totale se forma autour de sa peau, réduisant ses vêtements à l'état de poussière. L'obscurité se fragmenta alors pour former de sombres tourbillons sur sa peau, tourbillons animés d'un mouvement et d'une vie propre. Une musique envoûtante s'en élevait, tel le vent sifflant dans des grottes à moitié submergées. Les yeux de la jeune femme se révulsèrent, et un grognement rauque sortit de sa gorge, exprimant non pas la douleur, mais le plaisir le plus absolu. Hitomi sentait le pouvoir pur courir sur sa peau, transformant ses ongles en griffes, fortifiant ses muscles, augmentant ses sens. La mutation ne dura que quelques secondes. La jeune femme tourna alors son regard vers Meian. Des yeux noirs, comme deux perles d'obsidienne polie. Un regard sans fond, hypnotique. Le jeune bredouilla quelques mots incohérents. Dans un grand éclat de rire, Hitomi passa à l'attaque.
Se ruant au niveau du jeune homme, elle enchaîna de puissants coups de poings sur toutes les régions du corps du malheureux. Son rire redoublait alors qu'elle sentait craquer sous ses doigts les os de son adjoint. Lorsqu'il essaya d'articuler un appel au secours, Hitomi plongea ses doigts dans sa bouche, lui tranchant à moitié la langue. D'un revers du pied, elle lui brisa un genou, se délectant des hurlements de souffrance étouffés du jeune homme. Hilare, elle trancha les tendons de l'autre genou, puis des coudes et des épaules, transformant petit à petit Meian en un pantin désarticulé.
Elle cessa soudain, regroupant les ombres de la salle, formant une monstrueuse main d'ombre autour de la sienne. Elle semblait avoir enfilé un énorme gant d'onyx, noir et luisant, pourvu de gigantesques griffes acérées en lieu et place des doigts. Un sourire ravi sur les lèvres, elle se tourna vers le jeune homme encore conscient. Puis, dans un grand éclat de rire, elle plongea son énorme main dans son ventre, redoublant ses hurlements. Elle ressortit lentement la main, les arêtes vives entraînant avec elles quelques organes internes. L'ex-adjoint était mourant, haletant rapidement, dépassant tous les seuils de la douleur. Enfin, chantonnant presque, d'un revers de la main, la jeune femme lui coupa les cheveux jusqu'au cou, envoyant la tête déformée s'écraser contre un des tuyaux de l'orgue, le corps sans vie s'agitant encore sporadiquement. Enfin calmée, la jeune femme s'évanouit.
A son réveil, elle découvrit le massacre qu'elle avait causé. Meian était parfaitement méconnaissable. L'agent mutagène avait pris le dessus sur sa propre volonté, la remplissant du désir jouissif d'utiliser le pouvoir à sa disposition. Meian s'était trouvé là au mauvais moment, voilà tout. Elle sourit. Avec un tel pouvoir à sa disposition, si elle arrivait à le contrôler, elle pourrait cracher à la face même de Dieu. Elle quitta calmement la caverne, se faisant une note mentale de revenir nettoyer. Plus tard.
Re: Back Ground Hitomi
Pactum Serva
*Ne plus faire qu'un avec le sabre. Je suis le sabre, et le sabre est moi. La lame n'est plus qu'une extension de mon bras...*
Telles sont les pensées qui traversent de manière fugace l'esprit d'Hitomi lors d'un de ses entraînements. Un esprit frustré, focalisé sur la seule nécessité de l'amélioration, et pourtant bloqué à un cap de son évolution. Pour une raison qu'elle ignore, sa maîtrise de la lame semble avoir atteint un seuil maximum – qui est loin d'être celui qu'elle espérait. Elle n'a ni la vitesse, ni la puissance, ni la précision qu'elle a pu observer chez les experts du sabre. Comparée aux leurs, ses mouvements sont lents, patauds. Oh, bien sûr, elle s'est amélioré depuis ses débuts. Mais elle manque toujours de grâce et de vivacité. Pourtant, ce n'est pas l'entraînement qui lui fait défaut. Il lui manque... quelque chose. Elle le sait, elle le sent. Son instinct lui dit que ce n'est pas quelque chose qu'elle peut obtenir simplement par de l'entraînement. Mais, étant incapable de déterminer comment l'obtenir, elle se rabat sur ces mêmes entraînements inutiles, déchaînant sa frustration dans des enchaînements sans fin.
Épuisée, elle s'adosse à un arbre. Ses yeux se lèvent lentement vers la voûte blanche qui la protège de l'ardeur du soleil. Un cerisier. Elle suis du regard un pétale qui, se détachant de sa branche, tombe doucement vers le sol. Lorsqu'il passe à sa portée, elle dégaine vivement son sabre et frappe. Le pétale continue sa course, intact, vers le sol. Le bras tremblant de Hitomi remet lentement le sabre au fourreau. Un autre coup inutile. Bien qu'elle lutte pour les garder ouverts, ses yeux se ferment. Elle s'endort en serrant son fourreau contre elle.
*Elle erre dans une prairie parcourue de nuages de brume blanche. Aussi loin que porte le regard, rien ne vient rompre cette étendue monotone. Du vert foncé, du blanc. C'est tout. Elle est seule, au milieu d'un néant vert et blanc. Marchant sans but. Et pourtant, elle continue de marcher. Pourquoi? Sans doute parce qu'elle ne peut rien faire d'autre. L'idée d'un entraînement lui traverse la tête. Après tout, pourquoi pas, elle n'a de toute façon rien de mieux à faire. Mais, alors qu'elle porte la main à sa hanche, elle s'aperçoit que son sabre n'est plus là. Les brumes se rassemblent autour d'elle, l'engloutissant dans une blancheur infinie.*
*Elle est étendue sur le sol, quelque part dans une forêt. Un chatouillis lui parcoure l'abdomen. Baissant les yeux, elle observe avec intérêt le morceau d'intestin qu'un loup retire de son ventre déchiré. Derrière lui, des louveteaux jouent avec un morceau de chair sanguinolent qu'ils ont probablement trouvé à l'intérieur. Ou bien, il pourrait s'agir d'une partie de ses jambes. Elle voit très distinctement les os blancs, méticuleusement nettoyés, de ses membres inférieurs. Le loup lève la tête vers elle. Un étrange sourire semble déformer son faciès. Se levant, il vient déposer dans sa main immobile un sabre rutilant et quelques touffes de poils, manifestement tranchées net par la lame. Puis, apparemment ennuyé de jouer avec son intestin, il se jette à sa gorge.*
*Elle est allongée dans un champ de fleurs, sous le soleil. Une brise lui caresse doucement la joue. Au fur et à mesure que le Soleil descend, une ombre se porte sur son visage. Jetant un coup d'oeil de côté, se refusant à bouger sa tête, elle aperçoit son sabre, planté à quelques centimètres d'elle. Lorsqu'elle tend la main pour le saisir, elle s'aperçoit qu'elle ne peut plus bouger. Son corps tout entier lui sembler soudain comme une sculpture dans laquelle elle serait prisonnière. Alors que ces réflexions parcourent son esprit, le sabre vacille, puis s'abat sur son corps. La sculpture éclate en un millier de fragments.*
Hitomi se réveille en sursaut. Une goutte de sueur coule le long de sa joue. Trois rêves successifs, de pire en pire. Son sabre est absent. Son sabre est inutile. Son sabre la détruit. Une évolution logique pour quelqu'un qui ne peut manifestement arriver à la maîtrise parfaite. Dans un accès de rage, elle jette la lame loin d'elle et repart, laissant ce qui n'est plus, à ses yeux, qu'un morceau de métal sans valeur s'oublier dans un champ.
Ce n'est que trois jours plus tard qu'elle vient le reprendre. L'acier de la lame, passé par la rosée, séché par le soleil, brille plus puissamment qu'auparavant. Confiante en elle, elle retourne sous le cerisier. Patiemment, elle attend la chute d'un pétale. Sa lame vole, éclair de lumière dans la matinée. Le pétale continue son chemin, imperturbable – et imperturbé. Une larme naît au coin de l'oeil d'Hitomi. Elle n'y arrive pas. Elle n'arrive pas à cerner ce qui lui manque. S'effondrant contre l'arbre, elle pousse un long cri de rage avant de craquer – et de laisser couler ses larmes. Enfin, elle s'endort, souhaitant quitter ce pays de larmes pour un autre, qu'elle espère moins obscur.
*Elle est debout, immobile au milieu d'un néant absolu. Tout est noir autour d'elle. Elle ne sent pas de sol sous ses pieds, et pourtant elle n'a pas l'impression de tomber. Elle se hasarde à faire quelques pas. Elle est incapable de dire si elle a marché vers le haut ou vers le bas. D'ailleurs, a-t-elle réellement marché? Son esprit commence à douter. C'est à ce moment là qu'elle aperçoit une minuscule étoile au loin. Oh, l'étoile n'est pas grosse. Mais, dans cette noirceur absolue, elle est aussi visible qu'un soleil. Résolument, Hitomi se met en « marche ». Après une durée infinie, ou inexistante, elle arrive à la source de la lumière. Un sabre. Tremblante, Hitomi prend la garde dans sa main. Elle comprend le sabre. Il ne veut pas être un simple instrument d'attaque ou de défense. Le sabre est vivant. Il ne doit pas être une extension d'elle-même: il lui est de loin supérieur, le rabaisser à une simple partie de son corps à elle est insultant pour le sabre. Le sabre est son partenaire. Elle doit le laisser agir, se fier à lui, cesser de lui imposer sa volonté à elle. Elle lui en fait le serment. Dorénavant, elle suivra le sabre. La noirceur se referme alors sur elle, la plongeant dans l'inconscience.*
Hitomi se réveille à nouveau sous le cerisier. Mais cette fois, pas question de peur ou de cauchemar. Elle a compris. Elle se lève, tranquillement. Du coin de l'oeil, elle remarque un pétale tombant en tourbillonnant dans l'air chaud. Le sabre frappe, deux fois. La brise fait voltiger les quatre fragments de pétale autour de son visage. Calmement, le sourire au lèvres, elle range son sabre au fourreau. Alors qu'elle quitte sa zone d'entraînement, une petite voix parle dans sa tête. « Respecte ton serment », dit-elle.
Re: Back Ground Hitomi
Mutation
**Putain, la gueule de bois...**
En général, j'estime tenir plutôt bien l'alcool. De longues années d'entraînement à la discipline de levage du coude, associées avec la vigueur physique nécessaire au métier d'assassin, me permettent en général de me remettre des pires cuites avec pas grand-chose de plus qu'un léger mal de tête. Mais là, c'est l'horreur. Un espèce de brouhaha constant dans mon crâne, des réminiscences violentes, des flashs, des bangs, et autres onomatopées. Et, pour couronner le tout, mon chakra semble agir n'importe comment. La moindre tentative d'utilisation se solde par un échec cuisant, et généralement humiliant. Promis, je ne touche plus JAMAIS à ces putains d'alcools d'Iwa. Et dire que je pensais qu'il plaisantait quand il m'a dit que celui-là titrait 92°. 'Sûre qu'il a mis un truc en plus dedans. Bon, mon expertise va plutôt aux substances létales, mais je dois bien pouvoir trouver quelques équivalents pour donner une bonne nausée. Quoi qu'il en soit, la journée s'annonce mal, si je dois la passer avec la tête dans cet état-là...
Une petite balade dans les rues d'Iwa, pour se mettre un peu d'air plus ou moins frais dans les poumons. Depuis la fin de la guerre, les rues sont constamment remplies de nuages de poussière causés par la reconstruction de la ville massivement détruite par ces bourrins d'Akakaminari. Je me demande encore ce que je suis allée foutre chez eux, ça m'apprendra à parler avant de réfléchir. Quoi que aujourd'hui, je serais prête à faire n'importe quoi plutôt que réfléchir. Je vais voir où en est la reconstruction du palais du Kage, qui à mon arrivée ressemblait plus à une décharge municipale qu'autre chose... Mouais, manifestement, les travaux n'ont pas avancé des tonneaux. A ce rythme, le tyran d'Akakaminari va devoir continuer à se trimballer en caleçon encore longtemps...
**Tant qu'ils ne trouvent pas la cache, tout va bien...**
**...**
Ok, Houston, nous avons un problème. Mais du genre, méchant. Les Iwajins m'ont déclaré une guerre personnelle: en plus de la gueule de bois, leur alcool donne des halus. Rien de plus normal pour de l'alcool, sauf que là, je suis à jeun. Pas ivre. Donc le coup de Jeanne d'Arc, tout ça, ça marche plus. Deux solutions, donc: soit je retourne me coucher, fais comme si cette matinée n'était jamais arrivée, et je me réveille, fraîche et dispose, demain matin. Ou bien, je continue ma balade, vais trouver ce vieux vendeur d'alcool, et je lui pourris la gueule à tel point que le massacre aux portes d'Iwa passera pour un conte pour enfants sages à côté. Mouais. Va pour la seconde option, de toute façon, faut que je tape sur quelqu'un pour me calmer, alors, lui ou un autre...
Je retrouve donc la petite boutique miteuse, dans le fond des ruelles sombres du village en ruine. Vous voyez le tableau, c'est le genre d'endroit où même les fonctionnaires des impôts hésitent à s'aventurer. Les murs sont toujours couverts de bouteilles diverses, variées, et probablement avariées pour certaines. Et le petit vieux a toujours l'air de me supplier pour que je lui colle des claques à lui retourner la tête – bon, mon jugement est possiblement légèrement faussé sur ce dernier point, je vous l'accorde.
« Alors, mon idée de saké cerise a assuré ta fortune? »
**...**
Houston, nous avons un nouveau problème. Je dis des trucs que je devrais pas. Sans le vouloir. Qui n'ont aucun sens. Enfin, encore moins que d'habitude. Et, pire encore, qui ont l'air de vouloir dire quelque chose pour le viocque, qui me dévisage d'un air qui mélange méfiance, intérêt et étonnement. Assez laid, comme tronche, par ailleurs. Toute pensée personnelle mise à part, bien évidemment.
« Répétez moi ça. »
« Hum... cette histoire d'idée de saké-cerise? J'en sais rien en fait, c'est la spécialité locale, quoi. Je me trompe? »
« Une seule personne connaît l'origine du saké-cerise, et c'est celle qui m'a donné l'idée. Comment l'avez-vous appris, et qui vous permet de vous l'attribuer? »
Bon, le regard méchant, l'air menaçant, rien de bon pour ma pomme, je détale. En plus, il a l'air dérangé. Si tant est qu'on considère des pensées et paroles incontrôlables comme des marques d'une personne saine d'esprit...
Bon. Réfléchissons, malgré toute la mauvaise volonté de mon crâne pour se prêter à l'opération. C'est marrant, comme toutes les emmerdes arrivent en même temps, non? Il paraît qu'il y a une loi débile qui régit ça, mais vous vous en foutez probablement autant que moi, donc je vais pas m'attarder dessus. Bref. Première fois, pensée parasite, à l'ex place forte de la Tsuchikage. Deuxième fois, parole parasite dans une boutique d'alcool avec un petit secret. Conclusion logique? Absolument aucune. Réaction logique? Rassembler tout le courage nécessaire pour aller taper un petit vieux qui doit faire la moitié de ma taille, le quart de mon poids, avoir le triple de mon âge, et le forcer à dire ce que je veux entendre, à savoir que son putain d'alcool a des putains d'effets secondaires. Direction donc, pour la deuxième fois, la boutique du vieux.
C'est d'un pas nettement moins assuré que je rentre dans l'échoppe. Le vieux, l'air pas surpris, me contemple de bas. J'ai l'impression d'être une étudiante qu'on engueule, c'est la honte. Je dois m'affirmer par mon discours vif, incisif, brillant et efficace.
« Hum... heu... salut? »
« Je me doutais que vous reviendriez. Je suppose que vous ne voyez pas d'inconvénient à me suivre dans l'arrière-boutique? »
Bon, OK, autant pour mes talents d'oratrices hors pair. En plus, ce viocque a le don de me déstabiliser, c'est affreux. Bref, je le suis dans son arrière-boutique. Ca sent le piège à plein nez, et je le suis quand même. Je pénètre dans la salle, les nerfs à fleur de peau, prête à bondir et me battre pour vendre chèrement ma vie. C'est d'un geste rageur que je fracasse une jarre pleine d'un fluide transparent qui se répand rapidement sur le sol de terre. J'entends le vieux marmonner quelque chose dans sa barbe sur un alcool rare que je vais devoir payer au prix fort. Je crois que je me suis rarement pris une telle honte. Et manifestement, mon portefeuille va morfler aussi. Voyons voir, en 5 lettres, « malchance récurrente ayant décidé de vous pourrir la vie »... L-O-O-S-E, loose, ca me paraît bien, là. J'aime pas m'apitoyer sur mon sort, ça fait du temps perdu, or le temps c'est de l'argent, et l'argent c'est du saké. Mais là, je reconnais que je fais fort. Bref. Le vieux s'est assis à une table branlante, sur une chaise branlante. Il me désigne un tabouret du menton. Je sais pas si vous avez déjà remarqué, mais un tabouret n'est JAMAIS branlant. Jamais. C'est dû au fait d'avoir que trois pieds, un truc super technique, vous comprendriez pas. Hum. Je m'égare. Essayant quand même de pas aggraver mon cas, je m'installe sur le tabouret (stable, donc). Le vieux me scrute intensément, l'air de chercher quelque chose, mais des signes de déception s'affichent sur son visage au fur et à mesure que le temps passe. Le coin de ses lèvres s'affaisse, ses sourcils se froncent, ses paupières s'abaissent, son front se ride. Aucun doute, il ne trouve pas ce qu'il cherche.
Soudain, il me prend fermement le menton entre ses doigts fins, et commence à me tourner la tête dans tous les sens, avec des craquements plus ou moins prononcés de ma nuque en accompagnement. Je sens sa frustration augmenter au fur et à mesure que les pressions sur mon cou se font de plus en plus fortes. Enfin, il me regarde fixement dans les yeux. Et là, son regard s'éclaire. Je ne sais pas ce qu'il cherchait, mais il l'a trouvé. Ou alors, il est peut-être tombé devant mon charme torride et animal. Quoique j'ai des doutes concernant la seconde hypothèse, allez savoir pourquoi.
Prenant un profond soupir, il me regarde à nouveau dans les yeux.
« Mademoiselle, je peux vous donner l'impression d'être un vieillard complètement gâteux (si seulement tu savais à quel point....), mais je sais encore deux ou trois petites choses intéressantes. Si je ne me trompe pas, vous devez avoir un mal de crâne carabiné, exact? »
Ok, ce vieux a du talent. Même si ma gueule de bois doit se lire sur mon visage, en fait. Bon. J'ai rien dit. Il a juste le sens de l'observation. Maintenant, s'il peut m'aider à m'en débarrasser, ça m'arrangerait bien, je l'admet. Sauf que, au vu de son air béat, il a plutôt l'air d'un chien qui vient de recevoir une côte de boeuf. Encore un sadique qui prend son pieds en riant du malheur des gens, je parie. Mouais. Je ferais mieux de partir avant qu'il sorte des menottes et une tenue en latex, je tiens à mon reste de dignité. Alors que je me lève, il me retient par le bras. Et voilà. Je vais assister à la naissance d'un nouvel estropié, moment émouvant. Alors que ma main se porte à la recherche de mon poignard, le vieux se lève et me donne un petit coup juste au-dessus du nez, entre les deux yeux. Celui-là, je l'avais pas vu venir, et la migraine explose. Une nova se développe, se rétracte, puis revient à la charge dans mon crâne. Des étoiles alternent avec des trous noirs devant mes yeux. Ca, c'est de la migraine de compétition... Je m'effondre comme une loque sur le sol de l'arrière-boutique, encore humide du saké que j'ai répandu à mon arrivée.
**Putain, la gueule de bois...**
Je crois que c'est comme ça que j'ai commencé ma journée. Si j'avais su, je me la serais fermée, maintenant j'ai cent fois pire. C'est merveilleux, cette capacité de l'esprit humain à monter toujours plus haut dans la douleur, il faudra que je m'en souvienne. Devant mes yeux embrumés, un crapaud me fixe gravement. Ah, non, c'est le vieux. Bon, je me pardonne mon erreur, elle est compréhensible, n'importe qui aurait fait la confusion.
« Pardon pour cette intervention brutale et probablement douloureuse, mais je ne voyais pas d'autres moyens de vous retenir. Maintenant, comme de toute façon vous n'avez rien d'autre à faire que de rester allongée et m'écouter, je vous suggère de m'accorder toute votre attention. »
Non mais il délire, là, ou quoi? Sans faire attention, je me lève. Ou du moins, tente de me lever, la tentative s'ensuivant rapidement d'une chute humiliante sur un sol dur. Bon. Peut-être qu'il avait raison, en fait. Je prête l'oreille:
« Je vais faire simple, pour permettre à votre neurone de connecter. Par des moyens dont j'ignore la nature, il apparaît que vous hébergez quelqu'un auquel je tiens, ainsi qu'un certain nombre de personnes dans ce village. Or, je souhaite communiquer avec cette personne, donc il faut que vous preniez conscience de sa présence et la laissiez sortir à l'air libre. Je vais vous indiquer un lieu que bien peu connaissent, rendez-vous là-bas, ça devrait suffire. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée. »
Sans écouter mes demandes impérieuses et complètement désordonnées d'explications, il traverse un rideau et disparaît de ma vue. Bon. Manifestement, j'ai pas le choix, je veux me débarrasser de ce mal de crâne qui est méchamment handicapant. Je jette un oeil vitreux au plan qu'il m'a laissé. Son truc, c'est paumé en plein milieu des montagnes. Génial. Au programme: rando au sonar, puis réveil et expulsion du squatteur mental. Ma tête n'est pas un pub, surtout si les occupants foutent le bordel. J'ai bien assez de mon propre esprit pour me créer des problèmes, j'en veux pas en rab. Donc, cette fois, direction le trou perdu au milieu de nulle part – et au milieu des montagnes. Sauf que, plus je m'approche de la zone indiquée par le vieux, plus je me rends compte que l'aspect global du paysage m'évoque quelque chose. La dernière fois que je l'ai vu, je venais de passer l'un des cols permettant d'accéder à Iwa, et une montagne avait été pulvérisée sous mes yeux. Et là, je suis en train de me diriger vers la base de cette même montagne – facilement reconnaissable, j'en connais pas des masses qui se terminent en un bol parfait... Je pourrais peut-être vivre avec ces migraines, tout compte fait... Quoique en fait non, rien que pour le principe, je vais déloger l'intrus. Même si je suis morte de trouille, par ailleurs. Advienne que pourra, j'y vais!
Et au moins l'entrée n'est pas dure à trouver, ça doit être la seule grotte sur les dix kilomètres alentours. Et puis, vu l'augmentation d'intensité du mal de crâne, je devine que je suis sur le bon chemin. Mon hôte ne s'agiterait pas comme ça sans bonnes raisons. Enfin, je l'espère, sinon je vais morfler. Prenant mon courage à une main, l'autre étant monopolisée par une torche, je pénètre dans les entrailles de la montagne. Remarque numéro un: ça schlingue grave. Un mélange de corps en décomposition, d'eau croupie, de vapeurs soufrées, et de vieilles chaussettes. Remarque numéro deux: les entailles, traces noires, et autres éraflures sur les murs ne font absolument rien pour me rassurer. Je ne veux même pas imaginer quel genre de bourrin a pu entailler aussi profondément la roche de la montagne. Le seul truc important, c'est qu'il ne soit plus là. Enfin, je débouche dans la salle principale. Et là, ma tête explose. Non seulement mon hôte vient de se réveiller, mais en bonus un flot de souvenir envahit mon crâne. Je suis revenue dans la Pièce. Et je crains que le squatteur mental soit en réalité...
*Il t'en aura fallu du temps, pour connecter ton neurone...**
Une squatteuse. Comment ai-je réussi à ne pas établir la relation auparavant? Je ne sais pas par quel acte divin (ou démoniaque) c'est arrivé, mais je partage dorénavant mon crâne avec...
*Hitomi Amaya. C'est intéressant, ça, je t'entends penser de façon très claire. Oh, je me suis permis de m'installer, mon déménagement a probablement été un brin douloureux pour toi, non?**
*Hitomi? Hitomi, comme, la Fille? Hitomi, la Tsuchikage psychopathe qui a bousillé la montagne?**
Ok, sur ce coup-là, j'aurais dû fermer ma gueule. Une lance de flamme me vrille la tête, sur le rythme d'un rire amusé d'Hitomi.
**Encore mieux, je ne ressens pas ta douleur, mais je peux t'en infliger. Je sens que je vais me plaire, ici...**
**Euh, ouais mais nan. C'est MON crâne, ma vie, et toi, tu es morte, et t'as rien à y faire!**
J'ai l'impression qu'un souffle froid passe dans mes pensées. Mais comment ai-je pu être insensible à sa présence aussi longtemps?
Dernière édition par Sayo Mikazuki le Mar 25 Nov - 16:26, édité 1 fois
Re: Back Ground Hitomi
**Hmmmm... le temps que je m'habitue à la structure de tes pensées, histoire de pouvoir communiquer. Je dois reconnaître que, sous sa surface chaotique, ton esprit est remarquablement organisé. C'est presque maniaque...**
**Hitomi, ça suffit! Je t'interdis de fouiller dans ma tête, tu comprends? Tu vas dégager illico, aller là où les gens morts doivent aller, enfer, paradis, n'importe où, j'en ai rien à foutre, mais tu vas jarter, COMPRIS?**
Je ne savais même pas qu'il était possible de hurler mentalement. Et je me rends soudain compte de l'absurdité de la situation. Je suis toute seule au milieu d'une pièce dévastée où j'ai passé la majorité de mon enfance, en train de discuter dans mon crâne avec l'esprit d'une Kage morte qui était mon idole lors de cette même enfance. Si ça c'est pas une dépression nerveuse carabinée...
**Hey, ho! T'as pas fini de te lamenter sur ton sort? Primo, je ne sais pas comment partir. Tu te doutes bien que si on m'avait laissé le choix, j'aurais investi une autre tête. Secundo, je n'apporte pas uniquement des mauvaises nouvelles. D'abord, tu va pouvoir bénéficier de mon savoir, mes connaissances, mes expériences, mes conseils, j'en passe et des meilleures. Ensuite, le vecteur qui m'a permis d'intégrer ton crâne est un virus que j'avais créé. Par conséquent, j'émets la possibilité que tu sois infectée, et, si c'est le cas, tu vas te retrouver en possession d'une puissance dévastatrice. Alors, tu te plains toujours?**
**Qu'est-ce que tu veux, au juste...?**
**Oh, rien de bien compliqué. Retrouver un corps ou, si possible, m'emparer du tien. Accessoirement, venger deux ou trois petites affaires personnelles. Enfin, retrouver mon poste de Tsuchikage et terminer mes recherches.**
**Dans ce cas, nous avons au moins un objectif commun: te trouver un corps. Voilà le deal: je t'aide activement, en contrepartie tu me dis tout ce que tu sais, tu me conseilles quand tu estimes que c'est nécessaire, et le reste du temps, tu la boucles. Tu ne fouilles pas dans mes souvenirs, et tu évites de m'envoyer le genre de pique de tout à l'heure. Capice?**
**Et si je refuse, tu comptes faire quoi? C'est moi qui suis à l'abri, ici. Je peux faire ce que je veux...**
Une idée me vient alors. Je me pose sur un table du labo et ferme les yeux. Je tente de la laisser dériver dans un coin de mon esprit, de ne pas y penser, pour ne pas attirer dessus l'attention d'Hitomi. Pour lire dans mon esprit, elle doit bien créer un lien. Et si... et si j'essayais de remonter ce lien? Ça vaut toujours le coup d'essayer... Prudemment, sans avoir l'air d'y toucher, je laisse glisser mon esprit sur la surface de mes pensées, cherchant n'importe quoi, un lien, une anomalie, une vague, peu importe. Sauf que, comme l'a dit Hitomi, la surface de mes pensées est un chaos complet. Une mer déchaînée. Et bien, soit. Je plonge dans mes propres pensées, à la recherche de l'âme d'Hitomi. Qui, une fois passée la surface, n'est pas dure à trouver. Une sphère sombre, hérissée de pique, se déplace lentement dans les méandres de mes pensées. Ok, ça, c'est elle. Sans hésiter, je me dirige vers l'oursin géant. Me glissant entre les piques acérées, je m'approche de la sphère luisante. Puis, de mes pensées, je bascule dans l'esprit d'Hitomi.
Et je ressors immédiatement. Je comprends à présent le pourquoi des piques et de cette protection manifeste. Cet esprit est affreux. Malsain. Si bien ordonné que c'en est compulsif. Je prends un grand souffle, me blinde, et retourne dans cet enfer.
Une gigantesque bibliothèque taillée dans une glace noire. Pas un grain de poussière sur les livres, classés minutieusement, pas une flaque sur le sol, et... pas un bruit. Un silence de mort règne dans cet esprit, à peine troublé par l'écho de mes pas. Jusqu'à ce que je rencontre la maîtresse des lieux. Une jeune femme, à la peau d'obsidienne, aux yeux noirs et brillants dépourvus de prunelle, aux cheveux de jais, me fixe dans les yeux. Je déglutis difficilement. Je suis une intruse dans son esprit, et sur ce coup-là je reconnais avoir perdu une bonne partie de mon assurance. En plus, avec cette bibliothèque morte tout autour de moi, je me sens oppressée. Mais qu'importe. Je suis venue ici pour une bonne raison, je ne dois pas reculer maintenant. Dépassant Hitomi sans un regard, je tire un livre au hasard et l'ouvre. Je vois un orgue titanesque, j'entends une musique enchanteresse, et je repose l'ouvrage. J'en saisis un autre, puis un autre, puis un autre, parcourant à toute vitesse la mémoire de l'âme qui me parasite. Jusqu'à ce qu'un contact froid se fasse sur mon épaule. Une main noire s'est posée sur ma peau, sans un mot, sans un bruit. Je comprends que je ne suis plus désirée, quitte avec soulagement l'âme d'Hitomi, remonte à la surface de mes pensées, et rouvre les yeux.
Je suis affalée sur la table, un filet de bave s'écoulant de mes lèvres, une main encore crispée sur mon épaule. La voix d'Hitomi résonne dans mon crâne.
**Tu as gagné. Je rajoute une clause au marché: tu ne retournes jamais dans mon âme. Jamais.**
Soulagée d'avoir passé un pacte avec cette âme redoutable, je quitte le sinistre laboratoire et retourne à Iwa. Mon mal de crâne a disparu, et j'ai l'impression de voir, sentir, entendre, ressentir, en fait, mieux. Comme si l'esprit d'Hitomi se couplait au mieux pour accélérer ma compréhension de mon environnement. En revanche, je suis claquée. Affronter spirituellement une Kage est une expérience que je ne souhaite à personne, et c'est épuisant. Me traînant vers mon lit, je jette un oeil dans un miroir et ne peux retenir un petit cri de saisissement. Mon oeil gauche est devenu noir et brillant, comme une bille d'obsidienne polie.
**Ta mutation commence, je pense...**
**Hitomi, ça suffit! Je t'interdis de fouiller dans ma tête, tu comprends? Tu vas dégager illico, aller là où les gens morts doivent aller, enfer, paradis, n'importe où, j'en ai rien à foutre, mais tu vas jarter, COMPRIS?**
Je ne savais même pas qu'il était possible de hurler mentalement. Et je me rends soudain compte de l'absurdité de la situation. Je suis toute seule au milieu d'une pièce dévastée où j'ai passé la majorité de mon enfance, en train de discuter dans mon crâne avec l'esprit d'une Kage morte qui était mon idole lors de cette même enfance. Si ça c'est pas une dépression nerveuse carabinée...
**Hey, ho! T'as pas fini de te lamenter sur ton sort? Primo, je ne sais pas comment partir. Tu te doutes bien que si on m'avait laissé le choix, j'aurais investi une autre tête. Secundo, je n'apporte pas uniquement des mauvaises nouvelles. D'abord, tu va pouvoir bénéficier de mon savoir, mes connaissances, mes expériences, mes conseils, j'en passe et des meilleures. Ensuite, le vecteur qui m'a permis d'intégrer ton crâne est un virus que j'avais créé. Par conséquent, j'émets la possibilité que tu sois infectée, et, si c'est le cas, tu vas te retrouver en possession d'une puissance dévastatrice. Alors, tu te plains toujours?**
**Qu'est-ce que tu veux, au juste...?**
**Oh, rien de bien compliqué. Retrouver un corps ou, si possible, m'emparer du tien. Accessoirement, venger deux ou trois petites affaires personnelles. Enfin, retrouver mon poste de Tsuchikage et terminer mes recherches.**
**Dans ce cas, nous avons au moins un objectif commun: te trouver un corps. Voilà le deal: je t'aide activement, en contrepartie tu me dis tout ce que tu sais, tu me conseilles quand tu estimes que c'est nécessaire, et le reste du temps, tu la boucles. Tu ne fouilles pas dans mes souvenirs, et tu évites de m'envoyer le genre de pique de tout à l'heure. Capice?**
**Et si je refuse, tu comptes faire quoi? C'est moi qui suis à l'abri, ici. Je peux faire ce que je veux...**
Une idée me vient alors. Je me pose sur un table du labo et ferme les yeux. Je tente de la laisser dériver dans un coin de mon esprit, de ne pas y penser, pour ne pas attirer dessus l'attention d'Hitomi. Pour lire dans mon esprit, elle doit bien créer un lien. Et si... et si j'essayais de remonter ce lien? Ça vaut toujours le coup d'essayer... Prudemment, sans avoir l'air d'y toucher, je laisse glisser mon esprit sur la surface de mes pensées, cherchant n'importe quoi, un lien, une anomalie, une vague, peu importe. Sauf que, comme l'a dit Hitomi, la surface de mes pensées est un chaos complet. Une mer déchaînée. Et bien, soit. Je plonge dans mes propres pensées, à la recherche de l'âme d'Hitomi. Qui, une fois passée la surface, n'est pas dure à trouver. Une sphère sombre, hérissée de pique, se déplace lentement dans les méandres de mes pensées. Ok, ça, c'est elle. Sans hésiter, je me dirige vers l'oursin géant. Me glissant entre les piques acérées, je m'approche de la sphère luisante. Puis, de mes pensées, je bascule dans l'esprit d'Hitomi.
Et je ressors immédiatement. Je comprends à présent le pourquoi des piques et de cette protection manifeste. Cet esprit est affreux. Malsain. Si bien ordonné que c'en est compulsif. Je prends un grand souffle, me blinde, et retourne dans cet enfer.
Une gigantesque bibliothèque taillée dans une glace noire. Pas un grain de poussière sur les livres, classés minutieusement, pas une flaque sur le sol, et... pas un bruit. Un silence de mort règne dans cet esprit, à peine troublé par l'écho de mes pas. Jusqu'à ce que je rencontre la maîtresse des lieux. Une jeune femme, à la peau d'obsidienne, aux yeux noirs et brillants dépourvus de prunelle, aux cheveux de jais, me fixe dans les yeux. Je déglutis difficilement. Je suis une intruse dans son esprit, et sur ce coup-là je reconnais avoir perdu une bonne partie de mon assurance. En plus, avec cette bibliothèque morte tout autour de moi, je me sens oppressée. Mais qu'importe. Je suis venue ici pour une bonne raison, je ne dois pas reculer maintenant. Dépassant Hitomi sans un regard, je tire un livre au hasard et l'ouvre. Je vois un orgue titanesque, j'entends une musique enchanteresse, et je repose l'ouvrage. J'en saisis un autre, puis un autre, puis un autre, parcourant à toute vitesse la mémoire de l'âme qui me parasite. Jusqu'à ce qu'un contact froid se fasse sur mon épaule. Une main noire s'est posée sur ma peau, sans un mot, sans un bruit. Je comprends que je ne suis plus désirée, quitte avec soulagement l'âme d'Hitomi, remonte à la surface de mes pensées, et rouvre les yeux.
Je suis affalée sur la table, un filet de bave s'écoulant de mes lèvres, une main encore crispée sur mon épaule. La voix d'Hitomi résonne dans mon crâne.
**Tu as gagné. Je rajoute une clause au marché: tu ne retournes jamais dans mon âme. Jamais.**
Soulagée d'avoir passé un pacte avec cette âme redoutable, je quitte le sinistre laboratoire et retourne à Iwa. Mon mal de crâne a disparu, et j'ai l'impression de voir, sentir, entendre, ressentir, en fait, mieux. Comme si l'esprit d'Hitomi se couplait au mieux pour accélérer ma compréhension de mon environnement. En revanche, je suis claquée. Affronter spirituellement une Kage est une expérience que je ne souhaite à personne, et c'est épuisant. Me traînant vers mon lit, je jette un oeil dans un miroir et ne peux retenir un petit cri de saisissement. Mon oeil gauche est devenu noir et brillant, comme une bille d'obsidienne polie.
**Ta mutation commence, je pense...**

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par Invité le Ven 2 Nov - 18:03